Je suis Pierre Grenet. Je porte le prénom de Pierre en hommage à mon oncle, le Commandant Pierre Grenet qui, après avoir été nommé à l’Etat major de l’Armée de l’air en charge de la restructuration de l’enseignement dans les écoles de l’air en juin 1936 sous le front populaire, a été maintenu à son poste sur décision du Ministre Pierre Cot malgré son mariage en mai 1937 avec une Autrichienne de religion juive. Il a souhaité reprendre un commandement dans une unité de bombardement d’assaut en 1939 à cause de la menace nazie et de l’entrée imminente de la France en guerre et il a été nommé Commandant du Groupe de bombardement d’assaut II/54. Il est mort au combat le 18 mai 1940 au retour d’une mission après avoir assuré aux commandes de son avion le commandement de toutes les missions des jours précédents. Son Bréguet 693 a été coupé en deux par un obus de la DCA allemande. Le mitrailleur placé à l’arrière de l’appareil a pu sauter en parachute et a été fait prisonnier. Mon oncle pilote n’a pu s’extraire de la tête de l’avion qui est tombée en piqué.

Dés le début de l’offensive allemande le 10 mai 1940, la 54ème escadre a rejoint le théâtre d’opérations, le I/54 à Montdidier et le II/54 à Roye. Elle pouvait aligner 25 bombardiers d’assaut Bréguet 693, les seuls à être opérationnels dans la flotte française à cette date. Le 12 mai, ils ont effectué leur première mission de guerre. Après une centaine de kilomètres en vol rasant à 10 mètres du sol au dessus de la Meuse, ils ont atteint leurs cibles, des convois allemands sur les routes de Maastricht et de Tongres. Sur les 18 avions ayant participé à la mission, 10 ont été détruits, 4 aviateurs sont morts et onze ont été faits prisonniers, dont le Commandant Plou du I/54. Dans les jours qui ont suivi, la 54ème escadre a détruit plusieurs ponts sur la Meuse et attaqué avec succès de nombreux convois de panzers allemands en prenant tous les risques pour limiter au maximum les pertes parmi les civils.

Le 3 juin 1940, le Groupe II/54 a été cité à l’ordre de l’armée aérienne, croix de guerre avec palme pour son ardeur au combat contre les convois ennemis à qui ils ont infligé de lourdes pertes, entravant sérieusement leur avance, particulièrement le 12, 14, 16, 18, 20 et 22 mai 1940.

Cinq cents aviateurs français ont perdu la vie durant la campagne de France de mai juin 1940. Leurs actions ont retardé l’avance ennemie et ont fait subir de lourdes pertes à la Luftwaffe, limitant ainsi son potentiel pour la bataille d’Angleterre qui a suivi. Ces hommes ont été en grande partie oubliés par l’histoire qui a retenu principalement la défaite française de 1940.

J’ai fait la demande au Conseil Régional PACA qu’Une plaque commémorative soit apposée sur un bâtiment de l’Aérodrome  pour honorer la mémoire de la 54ème escadre de bombardement d’assaut en vol rasant venue s’entraîner entre décembre 1939 et mai 1940.

La 54ème escadre s’est entraînée sur le terrain de Vinon sur Verdon entre le 13 décembre 1939 et le 5 mai 1940.

En 1939, le terrain complètement nu était seulement balisé. Aucun équipement en dur n’y avait été installé. Les armes étaient stockées dans des camions remorques. La seule toile de tente était utilisée pour plier les parachutes à l’abri du vent. Les travaux sur les avions se faisaient en plein air dans des conditions très difficiles pendant cet hiver 39 - 40 particulièrement rigoureux.

Les hommes de troupe étaient logés au Moulin de Saint André, les sous officiers chez les habitants de Vinon Sur Verdon et les officiers à Manosque.

Le bombardement d’assaut en vol rasant était une toute nouvelle technique en cours d’expérimentation. Elle devait permettre des attaques très ciblées sur les ponts et les convois ennemis.

L’entraînement a d’abord été effectué sur des avions Potez 63 et des Bréguet 691 et enfin en avril 1940 sur les Bréguet 693, les plus modernes de la flotte française qui atteignaient 500 kilomètres heure en vitesse de pointe à 4.000 mètres d’altitude et 400 kilomètres heure en vol rasant à quelques mètres du sol.

En mission de guerre, le chef de bord devait en plus du pilotage très délicat du Bréguet en rase motte, faire la navigation, tirer au canon et au moment du bombardement viser et larguer les huit bombes de 50 kilos.

Le terrain à la confluence du Verdon et de la Durance était favorable aux exercices de pilotage au dessus des cours d’eau et sous les parapets des ponts comme le Mirabeau.

Pierre Grenet

Octobre 2017

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